Salon Creativ’Book : pensons le livre de demain

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Auteurs, éditeurs, industriels, starts-up ont rendez-vous les 9 et 10 février au palais Brongniart à Paris pour deux journées assurément passionnantes.

De nombreux rendez-vous seront proposés à tous les professionnels du livre. Pour ma part, j’aurai la chance d’intervenir aux côtés d’Elizabeth Sutton, co-auteure avec Marie-Laure Cahier de l’excellent livre Publier son livre à l’ère numérique et de Charlotte Allibert, co-fondatrice de Librinova. Cette conférence se tiendra le mardi 09 février de 14.45 à 15.20.

L’inscription, si elle est obligatoire, est totalement gratuite. N’oubliez pas de vous inscrire aux conférences et ateliers qui vous intéressent car les places sont limitées.

Pour ma part, je me réjouis d’avance d’y être !

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Ces mots. Et ce silence qu’on n’a pas eu

Les mots-Paris-Attacks-attentats

Je sens qu’ils reviennent. Timides, méfiants, ils coulent des regards suspicieux par l’entrebâillement de la porte, jettent un œil à droite, à gauche, s’assurent que la voie est libre. Les plus valeureux tentent un pas en avant. Ils se font violence, nul besoin d’être devin pour apercevoir la difficulté qui est la leur à se frayer un chemin à travers leurs peurs et leurs angoisses. Il faut dire qu’ils en ont vu beaucoup ces derniers temps, des mots, comme eux, qu’on a jetés dans la fosse, violentés sans compassion, quand il aurait fallu les protéger, les tenir tout près, les entourer de chaleur, les embrasser, les rassurer.

Au lieu de ça, on les a maltraités, flagellés, balancés sans défense dans l’arène de nos réactions, au beau milieu de ce foutoir, et moi je les voyais tourner en tous sens, les mots des autres, qui ressemblent beaucoup aux miens, ces pauvres mots que personne ne prenait la peine de soigner, nous étions sans doute trop obsédés par le fait de ne pas laisser le silence s’installer. Le cœur gros, empêtrée dans ma propre impuissance, je les ai vus tournebouler, s’écrouler, se relever en titubant, à peine debout déjà renvoyés dans la mêlée informe.

Évidemment, ils sont échaudés à présent, il faut les comprendre, ils n’ont plus confiance, ils se souviennent de la douleur, ça tourne en boucle, à la moindre vibration ils tressautent, ils craignent que ça recommence. Mais ils sont là. Abasourdis, tremblants, mais là, présents.

Au bout, là-bas, il y en a un qui me sourit, je le vois bien, c’est faible, mais c’est un début. Il a les larmes aux yeux, des perles d’humidité se forment au coin de ses paupières, revenir à la vie n’est pas une sinécure. Derrière lui, les autres se cramponnent aux murs, ils s’agrippent à leur voisin, se tiennent par la taille, s’envoient des bouffées d’encouragement, on n’imagine pas l’effort qu’ils réalisent, la volonté qu’ils y mettent, le courage de ces mots-là.

Ce sont des mots en convalescence, morts de trouille, perclus de douleurs, apeurés d’eux-mêmes. Ils vont se réapprendre, sortir dans le bon ordre, écouter de nouveau la Raison, maîtresse de ces enfants-là, se ranger, laisser les plus virulents sur le bas-côté, ceux qui ne sont que furie et brutalité, ceux qui n’ont pas de sens, ces mots charabia, ces mots creux, ces mots à la stupidité pachydermique, c’est une question de temps. Tout est toujours une question de temps.