couloir

C’est drôle comme certains personnages me donnent l’impression d’exister ailleurs que dans mon esprit. Est-ce dû à leur façon de murmurer avant de s’y installer pour n’accepter d’en repartir que lorsque les pages de leur histoire sont écrites ? À ce qu’ils réveillent en moi, aux failles qu’ils révèlent ? À quoi tient leur réalité ?

Il en va ainsi de celui qui m’habite depuis plusieurs mois. Je me souviens très bien de notre rencontre. En mai dernier, à la faveur d’une errance sur Youtube, un jour normal, par un après-midi ordinaire. Il suffit parfois de peu de choses pour que tout bascule.

Une vidéo. Puis une autre, qui en entraîne une nouvelle. Et là, je suis foudroyée par la fulgurance de sa présence, soudain il est là, juste derrière moi, sa voix qui supplie « écris-moi, écris-moi ». Puis qui hurle, dans la douceur, parce que je ne réagis pas assez vite, « maintenant, raconte-moi, dis-leur ». Et moi, j’en ai les larmes aux yeux de voir avec quelle intensité il me commande de l’écouter.

Pourtant je résiste, attends, attends, j’ai d’autres engagements, d’autres trains à prendre. Je l’observe à la dérobée, il feint de s’éloigner. Lui et moi sommes un peu déçus de devoir laisser le temps au temps.

Mais il ne s’avoue pas vaincu, il attend son tour, patiemment, avec bienveillance, se rappelant régulièrement à mes pensées par la voie d’un songe au cours duquel il me donne à voir tout ce qu’il est, tout ce qu’il promet.

Au matin de ces rêves, lorsque je m’éveille encore pleine des images de cet autre, je ne suis plus qu’urgence. Parler de lui, vous dire à quel point il existe, vous expliquer ce qui lui est arrivé, qui il connaît, d’où il vient, où il part. Ces moments-là procèdent à la fois d’un déchirement et d’une exaltation folle, déchirement de n’être pas à la hauteur, d’être défaillante, de ne pas mériter l’attention qu’il me porte ; exaltation d’être celle qu’il a choisie, même si je ne suis pour lui qu’un moyen.

Ce personnage-là, je le sens, tout le temps, derrière mon épaule, assis sur mon bureau, attentif, il me guette, il m’accompagne et il en sera ainsi jusqu’à ce que je puisse enfin me concentrer sur le message qu’il veut m’envoyer.

Mais alors, et c’est là qu’est mon drame, en le confiant à d’autres, je le perdrai tout à fait. Pourtant, je continuerai à l’aimer, comme la grande sœur aime le petit frère qui s’en va vivre sa vie.

 

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